Les Didones
Aboutissement du processus de rationalisation engagé à l'époque
classique, les Didones doivent leur nom à celui de la dynastie
d'imprimeurs et d'éditeurs français Didot et à l'imprimeur
parmesan Gianbattista Bodoni. Elles sont aisément reconnaissables
à leur verticalité, le très fort contraste entre
pleins et déliés et à leurs empattements parfaitement
horizontaux.
Le nom de cette famille fait référence à deux créateurs
et à leurs uvres : Didot et Bodoni, dont la contraction des
noms a donné Didones.
La venue des Didones est inséparable des révolutions politiques
provoquées par l'avènement de l'Empire. Cependant, les premières
tentatives de réforme de la typographie sont en germe dans les
caractères de la fin du XVIIIe siècle, en particulier
dans les recherches de Baskerville, en Angleterre, et de Fournier, en
France.
1789 ne fit donc qu'accélérer une volonté antérieure.
À l'époque de la création du Didot, une réforme
de la typographie officielle était de toute façon indispensable
: pouvait-on en effet imaginer typographier pour l'empereur comme on le
fit pour les rois Louis XV et Louis XVI ? Il importa donc d'imaginer la
typographie
de l'Empire, révélatrice des préoccupations de l'époque
nouvelle et de ses évolutions de style : stricte, intellectuelle,
logique, et respectueuse du Canon, ainsi que la décrit Maximilien
Vox.
L'apparition du Didot fut avant tout permise par les progrès de
la technique de la gravure du poinçon typographique alors utilisée
depuis trois cent ans.
La maîtrise de la typographie au plomb, associée à
l'amélioration des techniques d'impression, autorisa, sans trop
de difficultés techniques, l'usage d'une lettre caractéristique
par ses jeux de graisses et de contrastes entre déliés et
pleins, promesse de la rigueur des graphismes nouveaux.
Comme toujours dans l'évolution des écritures, l'esprit
du temps est fortement présent dans les graphismes, l'écriture
et la typographie.
|

L'élaboration
du Code Civil, qui tendit à organiser la société
française, induisit en typographie l'avènement d'un rythme
particulier extrêmement régulier : le Didot, adopté
sous l'Empire, puis sous la Restauration, s'étendit rapidement
aux démocraties du monde entier par l'épurement de ses formes
et l'autorité naturelle qui se dégage de son graphisme fait
de formes pures, d'intersections de lignes se croisant à angle
droit, de pleins et de déliés fortement opposés.
Les Didones font apparaître une lettre rigoureuse et statique dont
l'architecture générale rappelle l'organisation apprêtée
du Grandjean. C'est-à-dire monumentale rigide et portée
à la symétrie pour certains éléments. L'alternance
régulière des parties blanches ou légères
de la lettre avec les parties pleines ou noires donne à ces types
leur cadence, leur rythme. Le style de cette typographie, contrairement
aux typographies proches des écritures manuscrites, est à
axe vertical et emprunt de grandeur statique.
Aisément reconnaissable à la finesse de ses empattements,
il fut utilisé à l'Imprimerie impériale pour l'impression
des Cérémonies du Sacre de Napoléon ainsi que pour
l'impression des grands textes de Racine, Boileau, La Fontaine, etc.
Le Didot, caractère adopté par les romantiques pour l'opposition
marquée des différentes parties qui le composent, contribua
à la propagation de la nouvelle littérature.
Par ailleurs, le XIXe siècle offrit de nouvelles possibilités
d'expression à travers la publicité et l'affiche : l'exagération
possible des contrastes du caractère Didot permit le passage d'une
typographie uniquement liée au texte à une typographie d'avantage
liée à la visibilité et au choc optique.
|