Les onze familles (suite)

 

Les Réales



Enfants du classicisme du XVIIIe siècle, les Réales sont des caractères austères, marqués par la rationalité de leurs concepteurs.
Les Réales sont considérés comme des caractères de transition entre les Garaldes et les Didones : elles tiennent donc de ces deux familles.
Les contrastes pleins/déliés sont plus accusés, l'axe tend à se redresser, les empattements à s'affiner.

À la commande de Louis XIV et dans l'atmosphère de l'esprit moderne qui préside aux grandes disciplines du XVIIe siècle, un nouveau caractère susceptible de remplacer le Garamont, dont la création remonte au règne de François Ier, fut créé pour répondre aux nouveaux besoins de perfection des imprimeurs face à la qualité des ouvrages produits à l'étranger, notamment dans les pays du Nord de l'Europe. L'absolue beauté du Romain du roi se devait de surpasser la qualité des productions hollandaises de l'Imprimerie Plantin à
Anvers et de rayonner sur toute l'Europe, à l'instar
de son mentor.
Ce défi fut confié au graveur Philippe Grandjean qui s'inspira de l'étude imposée de l'Abbé Jaugeon dont les travaux, concrétisés par des dessins, ne furent pas précisément suivis. Cependant, Grandjean s'y référa fortement pour graver vingt et un corps complets de caractères et trente-quatre corps d'initiales.



À l'image de l'architecture du palais de Versailles, les travaux de Jaugeon font apparaître une grande rigueur dans la construction de chaque signe : la lettre d'imprimerie, jusque-là construite sur des fondements manuscrits et calligraphiques, se trouve précisément dessinée avec règle et compas dans des carrés divisés
en 2304 carrés.
Emprisonnée de la sorte dans une cage plus que contraignante, la lettre semble refléter les exigences d'un règne codifié à l'extrême : le Romain du roi répond à près d'un siècle d'absolutisme.
Heureusement, les travaux de gravure de Grandjean adaptent intelligemment ces règles nouvelles parfois impossible à respecter sans outrager celles, fondamentales, de l'œil et de l'équilibre des formes, de sorte que ce caractère si marquant de son époque constitue la référence d'une bonne part de la typographie moderne : les Baskerville, Didot, et autres Bodoni lui doivent beaucoup.

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