MONSEIGNEUR STEPINAC: LE VERDICT DE L'HISTOIREL'archevêque de Zagreb, le cardinal Aloysius Stepinac, naquit à Krasic, le 8 mai 1898. Il mourut dans son Krasic natal le 11 février 1960. Il acheva ses études théologiques à Rome, où il fut ordonné prêtre en 1930. Nommé évêque auxiliaire de Zagreb et successeur de l'archevêque Antun Bauer en 1934, il prit en charge l'administration de l'archevêché après la mort de celui-ci, en 1937. En 1946, un tribunal communiste le condamna à 16 ans de prison. Jusqu'en 1951, il purgea sa peine dans la prison de Lepoglava, ensuite il fut transféré à Krasic, où il mourut. Sa dépouille fut inhumée dans la cathédrale de Zagreb. Le pape Jean-Paul II se rendra en Croatie le 3 octobre prochain pour le béatifier dans le sanctuaire marial croate de Marija Bistrica.Défenseur des droits de l'homme et des peuplesStepinac fut archevêque dans la capitale croate à une époque particulièrement pénible. Il manifesta un courage héroïque au service de Dieu et des hommes. Il défendit les droits de l'homme et des peuples au cours de trois dictatures consécutives : avant, pendant et après la 2e guerre mondiale. Bravant les dangers, il s'éleva contre le fascisme, le nazisme et le bolchevisme. Il était prêt à subir l'emprisonnement et à mourir plutôt que d'accepter une rupture de l'Eglise catholique de Croatie avec le Saint-Siège, comme le lui demandait Tito. Son courage fut source d'espoir pour un grand nombre de persones persécutées ou menacée pendant toute cette période abominable.Homme de foiAloysius Stepinac fut avant tout un homme d'une foi profonde, qu'il reçut de ses parents et particulièrement de sa mère Barbara. Il hérita également de celle-ci son grand amour et sa grande confiance en Marie, la mère de Jésus. Il conserva et vénéra jusqu'à sa mort l'image de Marie devant laquelle sa mère Barbara priait très souvent à la lumière d'une chandelle. Dans sa jeunesse, il s'était engagé dans les mouvements de laïques catholiques et vivait avec ferveur de l'eucharistie. Au cours de ses longues années d'études à Rome, il approfondit les sciences philosophiques et théologiques et acquit le sens de l'Eglise. Il sut sans se tromper comprendre et juger les événements du monde, reconnaître et dénoncer les grandes erreurs qui ont marqué l'histoire du 20e siècle.Adversaire du nazisme et du bolchevismeEn Allemagne apparut le nazisme, qui avait pour chef Adolphe Hitler. Celui-ci substitua la nation à Dieu. En Russie se développa le communisme, à la tête duquel se trouvait Staline. Celui-ci remplaça Dieu par la classe ouvrière. En fait, les deux systèmes remplacèrent Dieu par leur parti respectif et par leurs chefs, tandis que le peuple et la classe ouvrière se virent privés des droits les plus élémentaires. Stepinac combattit vigoureusement l'un et l'autre de ces systèmes athées, en affirmant que, selon l'Evangile, seuls doivent être considérés comme sacrés Dieu et la personne humaine.Il s'opposa à la persécution systématique du peuple croate au sein du Royaume de Yougoslavie. Il s'engagea en faveur des droits de tous les hommes, sans considération de religion ou d'appartenance nationale, particulièrement pendant la 2e guerre mondiale, en protégeant et sauvant de nombreux persécutés, principalement des Serbes et des Juifs. C'est pourquoi, par deux fois, les nazis tentèrent d'organiser contre lui un attentat. Au sujet des persécutions raciales perpétrées par les nazis et leurs suppôts, voici ce qu'il affirmait haut et fort : "L'Eglise catholique ne connaît pas de races appelées à dominer et de races destinées à l'esclavage. L'Eglise catholique connaît seulement des races et des peuples en tant que créations de Dieu...". Après la guerre, c'est avec la même détermination et le même courage qu'il s'opposa à la dictature communiste, qu'il protesta contre les nombreuses exactions, contre les humiliations et l'extermination que l'on faisait subir au peuple croate, contre la persécution de l'Eglise Catholique et l'assassinat de plusieurs centaines de prêtres catholiques. A la différence des nazis, qui ont cherché à le tuer en secret, les communistes l'envoyèrent à la mort publiquement, au cours d'un procès monté. Protecteur des pauvres et des opprimésParallèlement à ce combat pour la défense des droits de l'homme et des peuples, Aloysius Stepinac s'engagea en faveur des pauvres, des marginaux, qui se trouvaient rejetés dans l'humiliation et le dénuement. Bien avant Vatican II, il prit le parti des pauvres, une position que l'on appelle aujourd'hui option préférentielle. A son instigation et sous sa conduite, les activités de la Caritas catholique se développèrent dans tout l'archidiocèse, et particulièrement dans la ville même de Zagreb, qui ne cessait de s'étendre et se trouvait confrontée à des problèmes sociaux de plus en plus nombreux. Cette institution humanitaire coordonna les activités d'un grand nombre de fidèles, de prêtres, de religieux, de religieuses et de laïques engagés, dans la collecte de matériaux, dans la recherche des personnes réellement nécessiteuses, dans l'ouverture de cuisines populaires et dans tant d'autres initiatives visant à réduire les humiliations et la misère.Prêtre de l'avenirStepinac encouragea et soutint l'aide aux orphelins de guerre, particulièrement pendant la 2e guerre mondiale. La communauté internationale se souvient qu'à une époque où le pouvoir à tendance nazie exterminait sans vergogne les Juifs, il a réussi à héberger dans le château de Brezovica, domaine ecclésiale, à nourrir et sauver jusqu'à la fin de la guerre toutes les personnes âgées juives de Zagreb.Conscient qu'il ne suffisait pas de satisfaire aux besoins matériels, Stepinac se soucia des âmes et entreprit de fonder de nouvelles paroisses dans les faubourgs pauvres et partout où la ville devait encore s'étendre. Il entoura le noyau central et ancien de la ville d'une ceinture de nouvelles paroisses. Elles sont toutes marquées par son option préférentielle pour les pauvres. Au lieu d'églises luxueuses et chères, il fit construire des édifices de culte simples et pratiques. Pour la liberté de conscience et de religionTravaillant à une époque où l'on tirait parti des différences religieuses et nationales pour inciter à la haine entre les hommes et les peuples, l'archevêque Aloysius Stepinac ne renonça jamais au dialogue oecuménique. Il cherchait à promouvoir la prise de connaissance réciproque, la compréhension et le respect entre gens de religions différentes. Quand, sous la contrainte des autorités de l'époque, beaucoup de Serbes et de Juifs cherchèrent à passer au catholicisme, estimant qu'ils éviteraient ainsi le risque de déportation et d'extermination, tous les évêques catholiques croates, Aloysius Stepinac en tête, d'une part, prirent résolument la défense de la liberté de conscience et de religion, et d'autre part, s'engagèrent pour sauver ces gens persécutés et apeurés. Les évêques avertirent l'Etat que nul ne pouvait être contraint de changer de religion. Ils affirmèrent publiquement la position de l'Eglise : seuls peuvent être accueillis en son sein ceux qui le souhaitent dans leur âme et conscience. Dans le même temps, sachant que beaucoup ne cherchaient pas à passer au catholicisme par conviction, mais bien par peur, l'archevêque Stepinac envoya à tous ses prêtres la consigne confidentielle de délivrer un certificat d'appartenance à l'Eglise Catholique à toutes les personnes menacées, sans enquêter sérieusement sur leurs intentions et sans exiger d'elles des connaissances religieuses. Dans cette lettre confidentielle, monseigneur Stepinac affirme : "Les orthodoxes sont des chrétiens comme nous et la religion judaïque est celle où le christianisme trouve son origine."Prière pour les athéesTout en respectant et affirmant la liberté religieuse pour les orthodoxes, les Juifs et toutes les autres confessions, Stepinac déclara, à l'époque où il souffrit le plus de son emprisonnement : "Les communistes sont aussi nos frères, nous devons les aimer". A la fin de sa vie, il célébra et fit célébrer plusieurs fois des messes pour ceux qui l'avaient condamné injustement. La femme sculpteur Mila Wood, qui entendit ces propos de la bouche de Stepinac, écrivit à ce sujet une lettre à Josip Broz Tito et conclut : "Je vous annonce cela, monsieur le Maréchal, avec le souhait que les prières de notre cardinal vous apporte réellement la bénédiction."A la fin de son procès, en 1946, Stepinac avertit les autorités communistes qu'il était vain de vouloir s'opposer à Dieu et de bafouer les droits de l'homme, puisque l'histoire rendrait finalement son verdict. Nous avons obtenu que l'histoire se prononce en faveur de Stepinac. Quelques témoignagesAu moment de sa condamnation par le régime totalitaire titiste, de nombreuses voix se sont élevées pour condamner ce procès indigne.Le 13 octobre 1946, Louis S. Breier, président des Juifs d’Amérique déclara : "Ce grand homme d’Eglise a été accusé d’avoir collaboré avec les nazis. Nous, Juifs, récusons formellement cette thèse. Nous connaissons son passé et savons que, depuis l’année 1934, il s’est montré ami authentique des Juifs. Ceux-ci, à l’époque, gémissaient sous la persécution imposée par Hitler et ses valets. Il fut l’une des rares personnalités en Europe à s’être élevées contre la tyrannie nazie, à une époque où cette attitude était dangereuse... Cet homme, à présent victime d’un procès infâme, a dénoncé ouvertement et sans crainte les lois raciales de Nuremberg, pendant toute la période du régime nazi. Son opposition à la terreur nazie n’a jamais faibli. Il s’est élevé publiquement contre le système odieux de l’ "étoile jaune", partant du point de vue qu’une telle pratique bafouait la dignité humaine...". Dans le International News Service (New York, 20.11.1946), on pouvait lire: "Aujourd’hui, 20.11, les protestants et les Juifs se sont solidarisés avec les catholiques d’Amérique, qui ont proposé aux Nations-Unies d’intervenir en faveur de l’archevêque Stepinac, incarcéré. Cette lettre a été envoyée au sénateur Waren Austin, chef de la délégation américaine aux Nations-Unies." De nombreux autres témoignages de sympathie pourraient être cités, dont ceux de François Mauriac, Paul Claudel ou Arnold J. Toynbee. |