LA MONNAIE CROATE : LA KUNALa signification des termes choisis ("kuna" et "lipa") fait référence à la nature, première richesse de l'homme. Le mot "lipa", en croate, signifie tilleul, arbre sacré dans la mythologie slave ancienne, et le mot kuna signifie martre. A l'instar de nombreuses monnaies européennes, l'appellation de la monnaie croate trouve son origine dans un moyen de paiement en nature. La fourrure de la martre a été utilisée dans les échanges commerciaux à peu près partout où vit cet animal, donc sur un territoire s'étendant de la Russie au Canada. Dans les usages économiques et financiers des Croates, le mot "kuna" désignait depuis le haut moyen âge une redevance fiscale (impôt, tribut). Dans les textes, il figure la plupart du temps sous sa formulation latine "marturina". La plus ancienne mention de cette redevance remonte à 1018 à Osor (île de Cres). La "marturine" possède à diverses époques une valeur monétaire fixe. Il est vraisemblable qu'elle fut payée à l'origine en peaux de bêtes (fourrure). En 1211, elle vaut 12 frisatiques (frisaticos) ou dinars (denaros). Il est possible, mais historiquement nullement certain pour la Croatie, qu'une monnaie en cuir ait existé (moneta coriacea). En tout état de cause, des pièces de monnaie russes en argent du XIIe siècle portent l'inscription "ruski kuni", où "kuny" a le sens de monnaie. Sur des monnaies royales de la même époque, en Croatie, la martre est souvent représentée. Cette redevance fut en usage jusqu'au XIIe siècle (village de Draganic). Au XIIe siècle, la martre est également entrée comme meuble dans les nouvelles armes du royaume de Slovénie, octroyées par le roi Ladislas II le 8 décembre 1496. Ce royaume comprenait à l'époque la majeure partie des territoires de l'actuelle république de Croatie et une partie de la république de Bosnie-Herzégovine. Depuis le XVe siècle, la martre est fréquemment représentée dans l'héraldique croate. En 1939, sous la conduite du Parti Paysan Croate (centre gauche) , les Croates obtiennent une autonomie territoriale dans le cadre du royaume yougoslave, par la création de la Banovine de Croatie (Banovina Hrvatska). Il s'agit en fait de la restauration pacifique du Royaume de Croatie. Le gouvernement (de centre gauche) de la Banovine de Croatie a voulu instaurer une monnaie propre. Deux appellations furent retenues : "kuna" et "banica". L'artiste Kerdic réalisa les billets de banque sous deux appellations. Un an plus tard, le gouvernement collaborateur d'extrême droite d'Ante Pavelic a simplement repris le projet de monnaie croate du gouvernement de la "Banovina Hrvatska", dont les membres ont été persécutés et enfermés dans les prisons. La résistance titiste, qui a réussi la première à libérer des territoires en Europe, a créé l'Etat croate communiste AVNOH. Celui-ci a continué à utiliser la kuna jusqu'à la création de la Yougoslavie communiste AVNOJ en 1944. Il est évident que Macek (centre gauche), Pavelic (extrême droite) et Tito (extrême gauche), qui étaient des adversaires politiques pendant la deuxième guerre mondiale, n'ont accordé aucune signification idéologique à l'appellation de la monnaie croate de l'époque. Aujourd'hui, certains se plaisent
à voir dans la martre un symbole du fascisme et en ont fait une
marque déposée oustachie. Pour dénigrer les
symboles nationaux qui se trouvent dans l'héraldique et la numismatique
croates, ils cherchent à susciter des conflits passionnels autour
de l'appellation de la monnaie croate, sans aborder l'aspect historique
et numismatique de cette appellation. Le rappel historique développé
dans le présent article aura sans doute permis au lecteur de comprendre
la signification réelle de la kuna dans l'histoire économique
de la Croatie.
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