Chapitre 1 :
Histoire du Catholicisme sur le
sol croate du IVe au XIXe siècle
L'Antiquité et le Moyen -
Age
Dans l’Antiquité, le territoire
des Balkans est occupé par les populations illyriennes, thraces,
celtiques et grecques ; celles-ci vont peu à peu être soumises
à l’Empire romain. En 395, lors de la mort de Théodose,
l’Empire est divisé en deux : l’empire d’Occident est constitué
des actuels pays slovène, croate et de toute la Bosnie (jusqu’à
la Drina) et l’empire d’Orient comprend la Serbie, le Monténégro,
la Macédoine et l’Albanie. Cette frontière sera soulignée
par les schismes de 879 et de 1054; elle démarque la chrétienté
de Rome de celle de Byzance. Ces divisions, produites à l’intersection
de deux mondes (qui ont évolués différemment),
éclairent les déchirements et la guerre croato-serbes récents
en Croatie. En effet, les germes de la guerre de 1991-1997 existaient
depuis longemps, même s’ils n’étaient pas clairement perceptibles.
Bien avant la mort de Théodose,
les premiers évangélisateurs des territoires sur lesquels
allaient s’installer, plus tard, les Croates étaient probablement
des marchands et des militaires.
On peut distinguer deux directions
de l’évangélisation :
-
Le long du Danube, où étaient
établies les légions romaines qui avaient pour tâche
de défendre le limes danubien : on peut y reconnaître un christianisme
de type hellénistique
-
Par-delà des montagnes dinariques
prévaut l’évangélisation de collaboration romaine.
Parmi les soldats illyriens des armées
romaines, il y avait les adeptes de Mithra (le dieu persan « Invincible
Soleil »), dont le culte monothéiste apparut d’abord comme
rival de la chrétienté et qui devint par après
une circonstance favorable à l’adhésion à la foi du
Christ parce que monothéiste. Dans la littérature chrétienne,
la province d’Illyrie (Pannonie et Dalmatie) est mentionnée pour
la première fois dans l’épître aux Romains au chapitre
15, 19)
Vers 381, des guerres successives
se déroulent sur le territoire de l’Illyrie et font causent des
pertes considérables à L’Eglise de cette région :
en Pannonie et en Dalmatie, des évêchés furent complètement
détruits.
Mais ce qui subsiste des monuments
sacrés, de la sculpture et de la peinture, issus de l’ère
constantinienne, est la preuve d’un christianisme organisé sur la
côte orientale de l’Adriatique ainsi que dans l’hinterland.
Après l’arrivée des
Slaves et des Avares (au du VIe siècle), les Croates
sont invités par l’empereur Heraclius à peupler les terres
de l’Illyrie occidentale comme fédérés. Sur ces territoires,
au début du VIIe siècle se produira une révolte
des Slaves contre les Avars. La contribution des Croates à chasser
les Avars débouchera sur l’installation définitive de ce
peuple sur ces terres. En effet, une partie des Croates va peupler
la côte adriatique, une autre partie s’établira en Pannonie
(l’entre Save-et-Drave) et, enfin, la dernière partie s’établira
dans l’actuel Monténégro (Croatie Rouge).
« Les Croates sont
le premier peuple slave christianisé. La christianisation des tribus
croates commença en effet dès le milieu du VIIe
siècle » .
C’est aux environs du IXe
siècle que les missionnaires francs du patriarcat d’Aquilée
et les bénédictins du Mont-Cassin vont achever la christianisation.
L’empereur- écrivain Constantin
VII dit Porphyrogénète (953) ainsi qu’Anastase le Bibliothécaire
(878), attribuent la première rencontre des Croates avec le christianisme
à l’initiative de l’empereur Heraclius (610-641) et du pape Jean
IV (640-642), lui-même originaire de Dalmatie.
Dans l’oeuvre de Porphyrogénète,
« De administrando imperio » (« Comment gérer
un empire »), on mentionne trois fois le baptême des Croates.
Dans le chapitre 31, l’empereur Heraclius sollicite une mission à
Rome. A partir de ce moment, de nombreux Croates se font baptiser.
On peut notamment relever dans l’oeuvre de Porphyrogénète
une phrase déclarant : « Les Croates baptisés ne se
battront pas en dehors de leurs terres, parce qu’ils ont juré devant
saint Pierre que jamais ils n’iraient envahir les terres voisines, mais
qu’ils vivraient en paix avec tous ceux qui le désirent ».
Cela est à mettre en rapport avec la déclaration du pape
Agaton à l’empereur Constantin en 680 : « Les missionnaires
agissent avec fruit parmi les nouveaux convertis : Lombards, Francs et
Slaves » .Pour ce qui est des Slaves, en ce temps-là, seuls
les Croates sont en lien direct avec la chrétienté.
Le baptême des représentants
du peuple croate accélère la christianisation et constitue
une stimulation pour toutes les couches nationales afin qu’elles adhèrent
au christianisme. Le clergé de la Dalmatie romaine est indubitablement
le premier à évangéliser les Croates. Avec la restauration
de l’archevêché de Split sur les territoires de l’antique
métropole de Salone, Rome rénove l’hiérarchie ecclésiale
de l’Illyrie dévastée et déchristianisée à
cause de nombreux raids barbares.
« En 803, Charlemagne reconnaît
l’autonomie de la Croatie dans le cadre de son empire, alors qu’une mission
de Provence continue la christianisation du pays. Le centre de son activité
fut la ville de Nin qui, par la suite, devient le siège du premier
évêque croate » .
Après une soumission aux
Francs (début du IXe siècle) et aux Byzantins
(vers 877), les Croates fondent un duché en 880 qui deviendra, en
925, un royaume dont Tomislav est le monarque; celui-ci se proclame rex
Croatorum. Tomislav a eu le mérite de rassembler l’espace ethnique
croate qui s’étend de la mer au Danube et à la Drava. Sous
son règne se sont tenus deux synodes à Split (en 925 et 928),
où de grandes questions ecclésiales furent débattues.
A cette époque, sous les rois Tomislav, Pierre-Krešimir IV et Zvonimir,
la Croatie est une des plus grandes forces politiques et militaires dans
ces contrées. N’oublions pas de mentionner dans ce contexte
que Rome, Aquilée et Constantinople constituent trois foyers grâce
auxquels le peuple croate eut l’occasion d’entrer en contact avec
la chrétienté.
Durant la seconde moitié
du XIe siècle, le roi Zvonimir (1075-1089) est favorable
aux réformes du pape Grégoire VII. Celui-ci a, par l’intermédiaire
de ses envoyés, solennellement couronné Zvonimir et l’a sacré
roi de Croatie et de Dalmatie. Conformément à la doctrine
politique du pape Grégoire, Zvonimir se reconnaît comme «
homme lige » du pape et, celui-ci en retour offre la protection au
royaume croato-dalmate.
La grande Croatie médiévale
ne durera que deux siècles, car au XIIe siècle,
la couronne croato-dalmate passe au roi Coloman de Hongrie. En effet, les
Croates ont contracté avec ce monarque hongrois les « Pacta
conventa ». Les Croates entrent ainsi en union personnelle
avec la Hongrie ; conservant les attributs d’un État indépendant,
la Croatie garde ses institutions locales autonomes. Il y aura désormais
un roi pour deux royaumes. Cette union persistera, avec une brève
interruption lors de la révolution de 1848, jusqu’en 1918.
Reprenant probablement une liturgie
croate qui existait avant leur mission, les missionnaires byzantins, saints
Cyrille et Méthode, apôtres des Slaves, renforcèrent
parmi les Croates l’usage du vieux slavon d’église dans le culte
et d’une écriture particulière: l’alphabet glagolitique.
Le glagolitique et le service divin en vieux slavon vont se conserver en
Croatie malgré les décisions défavorables des synodes
de Split (au Xe et XIe siècles). Le synode
de 1063 stipulait que les clercs slavons ne pouvaient être ordonnés
au sein de l’Eglise s’ils ne possédaient pas la connaissance du
latin.
Mais en 1248, le pape Innocent IV
approuve la liturgie glagolitique « dans les endroits où
elle est déjà utilisée et où le clergé
croate affirme que cette liturgie est appliquée depuis saint Jérôme
». L’utilisation quotidienne du glagolitique se poursuit jusqu’à
la moitié du XIXe siècle.
Les Croates étaient l’unique
peuple de la chrétienté occidentale qui avait le droit d’utiliser
une langue et une écriture autres que la langue et l’écriture
latines dans la liturgie de l’Eglise romaine .
Au XIIe siècle,
les hérétiques cathares de Bosnie, appelés «
frères chrétiens », gagneront à leur cause une
partie de la population croate. Pour pallier ce danger, Rome envoie plus
tard sur le terrain de nombreux franciscains dont un Français, Gérard
Eudes, particulièrement actif vers 1339 ; de nombreuses preuves
historiques de ces événements existent, parmi lesquelles
les actes du concile cathare de 1167 à Saint Félix-de-Coroman;
ces écrits confirment l’existence d’une Eglise cathare dalmate.
2. La fin du Mayen - Age et L'époque
moderne
C’est au XVe siècle
que les Turcs vont prendre possession des territoires balkaniques et, en
1453, ils vont s’emparer de Constantinople. Les régions qui n’ont
pas été touchées par l’invasion turque (la Slovénie
et la Croatie) se retrouvent sous la tutelle d’un autre Empire : celui
des Habsbourgs. L’invasion ottomane entraîne une migration importante
des populations, ainsi que la diffusion de l’islam dans ces contrées.
Cette invasion aura une conséquence
importante pour toute la chrétienté: en effet, environ cent
cinquante monastères bénédictins sont détruits
en Croatie. Le catholicisme croate vivra désormais plusieurs siècles
de luttes contre l’islam. Les ordres religieux, et plus spécifiquement
les franciscains, vont s’atteler à former le peuple croate et ainsi
vont contribuer à marquer sa foi pour plusieurs générations.
Quant au protestantisme, il ne connaîtra
pas de succès important auprès des Croates. En effet, ceux-ci
pratiquent le culte dans leur langue depuis des centaines d’années
et l’intérêt calviniste et luthérien en faveur de la
langue populaire dans la liturgie n’a produit aucun impact sur le peuple
croate. Dès le VIIe siècle, les Croates possèdent
une traduction valable de la Bible et des textes liturgiques.
Les circonstances politiques de
l’époque n’ont pas favorisé le protestantisme dans son expansion,
pour une raison très simple: les Croates, à cause d’un danger
latent de la part des Turcs, réfléchissaient plus à
la manière de survivre en tant que nation. Le mouvement de
réforme luthérien fit irruption sur les territoires croates
par l’intermédiaire des commerçants et des soldats venus
d’Allemagne. C’est pourquoi l’Istrie et Zagreb, ainsi que sa périphérie
abritent un certain nombre de protestants.
Le calvinisme, lui, s’infiltre par
la Hongrie; il trouve un certain succès en Slavonie (Nord de la
Croatie). C’est en 1551 que se tient le premier synode protestant
dans le pays croate.
Au XVIIIe siècle,
le catholicisme croate ne peut résister à l’idée de
l’union des églises séparées. Krizanic et d’autres
« oecuménistes » croates espèrent le salut d’une
solidarité slave( notamment russe) qui les protégerait des
Turcs. Ce même siècle verra en la figure de l’évêque
Strossmayer un grand oecuméniste qui oeuvra dans le souci de préserver
les chances d’unir les Eglises. Josip Juraj Strossmayer conçoit
l’union de tous les Slaves du Sud et ses conceptions font de lui un précurseur
du « yougoslavisme ». En effet, après la révolution
de 1848, les accords croato-hongrois de 1867 restreignent l’autonomie de
la Croatie au sein du royaume hongrois. Le refus des Croates de s’allier
à la sécession hongroise renforce encore plus leur désir
d’indépendance.
Strossmayer s’oppose à l’hégémonie
hongroise et prône la restructuration de l’Empire sur une base fédérale,
ainsi que sur le rassemblement de tous les Slaves du Sud. Cela fait de
lui un champion du nationalisme yougoslave, avant la lettre.
Comme on peut le constater, l’histoire
de la Croatie a été, dans tous les domaines, particulièrement
mouvementée. Et voilà qu’au XXe siècle,
une orientation toute nouvelle apparaît dans le pays : toute la région
va être soumise au communisme.
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