Sandy Dillon

Certains artistes vivent des moments tragiques pendant lesquels la mort, la malchance leur font face. Et certains lieux communs, certains noms apparaissent comme par hasard dans leur biographie. Ainsi, après ses études, Sandy Dillon déménage au Chelsea Hotel de New-York. Le soir elle s'installe au piano dans des bars gays, dans des clubs pour y jouer du jazz.... Elle trouve un double rôle dans une revue de Broadway (The First 5000 Years) où elle incarne Janis Joplin et Wendy O Williams (Plasmatics – vous vous souvenez : les pinces à linge sur les tétons !) mais suite au manque de succès le show s'arrête après quelques semaines ! Elle retient malgré tout l’attention du manager Tony De Fries (Bowie, Iggy Pop) qui l'aide à signer pour deux albums chez Elektra. Mais ces albums (Candy from a stranger et Flowers) ne seront jamais publiés malgré les productions de Man Parrish, Mick Ronson (guitariste de Bowie) et Dieter Meier (Yello). Sans oublier la présence de Jaco Pastorius (Weather Report) à la basse !
En 1984 c'est le départ pour l'Angleterre (retrouve et travaille avec Mick Ronson) et l'intégration dans un groupe qui répète dans un abattoir froid et puant. C'est là qu'elle rencontre le guitariste Steve Bywater qu'elle épouse trois ans plus tard. Petit à petit le couple s'achète un studio et vit de compositions pour d'obscurs films allemands, de petits concerts et d'un peu de l'industrie de la pub.
En 1996 elle sort l’album "Skating" sur Bonjour Records ce qui lui permet de rencontrer Derek Birkett, le boss du label One Little Indian (et, pour ceux qui s’en souviennent, ex membre de Flux Of Pink Indians).
C’est véritablement en 1999 que Sandy Dillon va commencer à se faire vraiment connaître.
D’abord avec l’album "Electric chair" ensuite avec « East overshoe ». Les critiques sont positives, les comparaisons les plus citées sont Captain Beefheart, Nick Cave et Tom Waits mais aussi Janis Joplin pour le côté rauque de la voix. La musique part du blues, du country mais pointe dans de nombreuses directions.
Hélas en l’an 2000, après le mixage d’East Overshoe et un album avec le compositeur français Hector Zazou (Las Vegas is cursed), son mari décède d’une crise cardiaque après de années de souffrances due à la sclérose en plaques.
Deux ans plus tard, elle trouve l’énergie pour se remettre au piano et compose un nouvel album "Nobody’s sweetheart" nettement différent sur la forme puisqu’il inclut nombre de programmations et touches électroniques. Toujours publié sur One Little Indian en Angleterre mais chez nous sur Labelman. Une première pour le label de Hasselt qui n’avait jusqu’ici publié que des groupes belges. Joli coup pour un premier essai.
Cette introduction biographique est peut-être longue mais elle me semble utile pour savoir ce que Sandy Dillon a vécu et ainsi comprendre mieux ses douleurs. Son univers.

A la mort de Steve, je ne perdais pas seulement mon mari mais je perdais aussi mon producteur musical. C’est compréhensible que dès cet instant toute ma vie changeait. Nous étions tout le temps ensemble non seulement comme couple mais nous travaillions tous les jours ensemble. Soudainement je me retrouvais aussi sans mon partenaire en musique. C'est la raison pour laquelle j'ai voulu changer de style et inclure beaucoup d'électronique. Il reste encore des traces de mon passé musical mais je voulais réellement faire quelque chose de neuf.

Vous avez continué de vivre en Angleterre entre cette séparation et le nouvel album?
Oui j’y vis toujours.

"Nobody’s sweetheart" est un titre relativement triste...
Oui et c’est "LE" titre... Pas un sous-titre... C’est "LE" titre... (long silence....) On peut le comprendre comme un regard sur ma vie mais cela peut aussi signifier que je ne suis plus l’enfant de quelqu’un.... Que j’ai grandi. Il faut essayer de comprendre ce titre parce qu'il est aussi bien négatif que positif...

C’est toi sur la pochette du cd ?
Oui (rires)...

On dirait que tu as les larmes aux yeux et ton maquillage semble aggraver la tristesse...
Oui c’est vrai j’ai autant de maquillage qu’un clown ! Mais je ne pleure pas. Pas sur celle-là en tout cas...

Tu as donc composé presque seule ces nouvelles chansons...
Mais sur les deux derniers albums j’ai composé aussi pratiquement tout. Et comme d’habitude j’ai fait quelques collaborations.

Sur cet album il y a beaucoup d’électronique. Tu as composé de quelle façon ?
J’écris d’abord la musique pour le piano (elle a étudié le solfège et le piano dès l’âge de six ans), ensuite j’écris les paroles et je revois les côtés mélodiques. Puis je fais les arrangements. Ici j’ai travaillé sur un ordinateur laptop pour quelques titres. J’ai joué toutes les parties de claviers et avec mon guitariste nous avons fait tout ce qui concerne les guitares. La basse et la batterie ont été faites par le producteur.

Mais il y a plusieurs producteurs...
Oui mais deux travaillent ensemble ce qui ne fait qu’une équipe et puis il y a Julius Waters. Il se sont partagés le boulot. Julius est un des deux musiciens de Kinobé et j’avais chanté sur un titre de leur album. A la suite de cela je lui ai demandé de travailler sur mon album ce qu’il a immédiatement accepté.

Un titre est malgré tout très différent : "Don't blame you now", très psyché rock…
Récemment j'ai ré-écouté les disques que j'écoutais quand j'étais jeune : les Doors, Jefferson Airplane… Cette chanson est mon hommage à ces groupes.

Heather Nova fait une apparition sur un titre. C'est un amie ?
Une très bonne amie. Laurie Jenkins, un des producteurs de mon album est mon batteur mais aussi celui de Heather. Depuis longtemps nous partageons aussi la même agence de management. De ce fait nous avons aussi souvent donné des concerts où nous partagions l'affiche. Nous nous étions toujours promis de faire quelque chose ensemble. Maintenant c'est fait.

Tu as vraiment une voix particulière…
Oui mais pour ne rien arranger j'ai une infection de la gorge depuis quelques jours. Je suis restée une heure dans la pluie à Londres ! Mais normalement je ne parle pas comme cela ! (rires)

Quelques mots sur l'artword du cd et ces vaches…
C'est une formidable artiste peintre belge (Helga Nullens) qui a réalisé cette peinture et l'installation. Elle m'a envoyé ce tableau à la mort de mon mari et je l'ai suspendu dans notre studio. Je lui ai demandé l'autorisation de l'utiliser pour l'album, ce qu'elle a accepté. Je trouve que cette vache me semble être a ussi un parfait exemple de "Nobody's sweetheart"…

Dans quelques jours tu seras en concert aux "Nuits du Botanique". Tu peux nous dire quelques mots sur ce concert ?
Je jouerais avec un des musiciens de l'album, le guitariste Ray Majors. Nous jouerons les titres du dernier album mais ce sera un véritable challenge puisqu'il n'y aura pas de drum machine, ni le moindre play-back. Tout sera live et les versions seront intéressantes. Je ne m'imagine pas inviter des gens à un concert et leur donner du play-back. Je sais que beaucoup le font mais personnellement je préfère offrir une autre version de la chanson. J'offre une version unique spécialement pour le public présent ce soir-là !

Claudy Jalet

le site : http://www.indian.co.uk/artists/dillon/

Sandy Dillon "Nobody's sweetheart" (Labelman - Zomba)

Content qu'il était le "boss" de Labelman quand il m'a annoncé que le nouveau Sandy Dillon sortirait sur son label en Belgique. Et pour une première étrangère c'est un beau coup. Après deux albums sur lesquels on a souvent comparé la chanteuse américaine à Tom Waits, voici venu le temps du virage. Même si la chose n'est pas évidente sur le titre d'ouverture où le piano prédomine. Etrangement le seul titre qu'elle auto produit !Le reste est souvent le fruit d'une large collaboration avec Julius Waters de Kinobe. Dès "It must be loved" arrivent les programmations électroniques et un sampling d'Arthur Lee ! (Red Telephone). Le nouveau ton est donné : des rythmes métronomiques souvent issus de machines, un impact plus direct parce que c'est plus "pop" dans les mélodies et dans les voix (même si les ambiances sont encore ancrées dans un univers sombre, proche du trip hop intense). Au quatrième titre, on ne doute plus de la nouvelle option puisque Heather Nova vient chanter en guest (le single "Shoreline"). Parmi les autres surprises on notera le psychédélique "Honeymoonee", les superbes interventions des cordes, d'un mellotron (décidément bien remis au goût du jour) et le punky garage électro psyché "Don't blame you now". Avec cet album Sandy garde son public mais s'ouvre énormément de portes. (CJ)