Mise en ligne le 09/03/2004
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Jonny Greenwood "Body Song" (EMI)
Pour ceux et celles qui ne connaissent pas encore Jonny Greenwood, il s'agit du guitariste principal de Radiohead, vous savez, ce grand ténébreux, celui qui se cache toujours derrière sa coupe de cheveux et ne parle presque pas aux médias. Celui qui martèle sa guitare comme s'il la détestait avant de lui faire l'amour quelques secondes après...et surtout le multi-instrumentaliste touche à tout responsable d'une bonne part des claviers, et ambiances planantes que seul Radiohead sait si bien utiliser. Body Song est une trame sonore instrumentale, parfois mélodique (et il faut arrêter de penser que toute musique non-mélodique n'est pas bonne parce que c'est loin d'être vrai), qu'il a concocté pour un film de Simon Pummell, présentant un portrait de la vie (du sperme dans l'ovule à la mort). Il est clair que la vie qu'on nous présente n'est pas la plus radieuse du monde. Jonny Greenwood peut ici se laisser complètement aller dans sa folie créatrice et passe sans transition de l'expérimental à l'oriental, du jazz au (presque) rock, de l'électro au simplement atmosphérique. Pour beaucoup Body Song sera une cacophonie sonore ou un mélange de bruits électroniques sans réelle structure et fil conducteur. Mais pour ceux qui connaissent déjà un peu le personnage, c'est avec une certaine curiosité et évidemment excitation qu'ils découvriront l'atmosphère de Sir guitariste Radioheadien… Niels
Josh Rouse "1972" (Rykodisc – Zomba)
Normalement vous auriez du lire un interview de ce chanteur guitariste compositeur hors pair américain à l’occasion de la sortie de son quatrième album. Hélas, il était malade, à Londres, au moment de phoner et moi je n’étais pas libre quand on m’a proposé une autre date. Vraiment dommage. "1972" c’est l’année de sa naissance mais c’est aussi l’année de la fabrication de sa stratocaster et une période musicale qu’il apprécie. Il a donc voulu que cet album sonne et possède un artwork de cette époque. Et c’est réussi. Tout est là : beaucoup d’acoustique, de superbes voix, un peu de folk, de rock, de soul, des touches jazzy. Et surtout des compositions intelligentes, jamais surchargées d’instruments, aux mélodies accrocheuses. La production superbe est due à Brad Jones. Forcément les plus âgés naviguent dans une foule de souvenirs : Steely Dan, Doobie Brothers, Traffic, Al Green, Nick Drake, Al Stewart... Josh Rouse, avec ce disque presque d’hommage, attire la sympathie et cette impression est confirmée par le dvd bonus qui l’accompagne et qui comprend, outre sa dernière vidéo – Love vibration - un film/reportage "Fact/Fiction" avec des images tournées aussi en Belgique. Un ensemble que l’on savourera longtemps. CJ
Kooks " s/t" (www.kooksmusic.com) - MCD
Une première démo au son fantastique, clair et puissant à la fois, ce n'est pas souvent fréquent. Il faut dire que Kooks a mis le paquet puisque cette démo a été produite par André Gielen au studio Hautregard. Ce sextext liégeois nous délivre un hardcore aux teintes métallisées mais surtout avec une rythmique infernale. C'est d'ailleurs sûrement le point fort du groupe, c'est ce rythme infernal et très varié. AU niveau "hurlement" et guitares, le groupe est dans la bonne moyenne du genre. LS
La Fraction "Aussi long sera le chemin" (Crash Disques - Pias)
J'avais déclaré "album du mois" le premier cd de ce groupe français. L'énergie punk dégagée, la voix singulière de Magali et des textes bien envoyés avaient valu ce choix. Après avoir parcouru tous les petits clubs du circuit alternatif européen (et de nombreux squats ! ), les revoici avec dix nouveaux titres coulés dans le même moule donc rien n'a changé. Mais l'effet de surprise n'est plus présent puisqu'on s'est habitué à ces sons, à cette voix. Reste donc une belle continuité "do it yourself " dans le punk rock garage, dans des textes vindicatifs, sombres (traduits en anglais dans le livret) et ce combat contre la politique libérale. A noter que cet album a été enregistré dans le studio "Hurlement" créé par Noir Désir et que les fans de vinyl en trouveront une version sous ce format sur le label anarcho-punk allemand "Skuld Releases". CJ
Lamb Of God 'Ass The Palace Burn" (Prosphetic)
"Attention : grosse tuerie !" Voilà ce qu’il devrait être indiqué sur le boîtier de ce disque. Ca fait un sacré bout de temps qu’un "jeune" groupe de metal ne m’avait pas fait aussi forte impression. Bien sûr, ces derniers temps, tout un tas de bons groupes sont sortis du lot : Killswitch Engage et Shadows Fall en tête de peloton, mais rien de comparable avec le bulldozer Lamb Of God. Du gros metal qui rappelle parfois Pantera et qui déblaye sévèrement. A part ça, difficile de comparer LOG à d’autres groupes. En effet, cette jeune formation réussit d’emblée à trouver sa propre identité et à nous mettre à genoux. Tout est au menu de cet album : efficacité, violence, groove, technique, … Il n’est pas question ici de passages "emo" ou de parties "hop-core". Non, juste du "Pure American Metal", comme ils le disent. Le tout effectué par de jeunes loups aux dents hyper longues. Un futur grand, sans aucun doute possible et un album à acheter au plus vite. John
La Replik " Saint-Roger Live" (Crash Disques - Bang!)
Ce groupe girondin formé autour de musiciens venant de la rue nous propose ce qu'ils font de mieux à savoir un concert. Et c'est vrai que ça dégage avec leur mélange d'énergie punk-rock et de musique aussi bien irlandaise que world. On peut dire que c'est de la "world-musik" car elle mélange toutes sortes de sonorités venant de toutes les régions du monde mais comme du temps des Béruriers Noirs, on l'appellerait plutôt "folklore de la zone mondiale". On sent aussi que le groupe a l'expérience des scènes et qu'il n'arrête pas de tourner tant ça a l'air bien huilé. A côté de la musique, La Replik a l'art d'égratigner les politiciens de ce monde et toutes les conneries que peut comprendre notre monde. LS
Léa "entre-les-lignes" (groupe.lea@softhome.net)
Il y a trois ans , je vous parlais en terme flatteur d'une démo 11 titres de Léa "Air Conditionné". Depuis lors peu ou plus de nouvelles du groupe. 3 années qui ont servi au groupe pour se remettre en question et surtout enregistrer ce premier album, remixé par Rudy Coclet. Une remise en question qui est passée par un changement de matériel : finis les synthés, place à une formation à la structure classique (guitare,basse,batterie). Mais Léa n'a pas perdu son sens de la mélodie. Celle-ci est toujours de grande qualité bien mise en évidence par la voix du chanteur sur un fond de guitares douces-amères qui vous titillent tout en douceur les oreilles. La rythmique étant de son côté une des forces motrices des pop-songs de Léa. "Usurpation" ferait d'ailleurs un magnifique single. Le disque est peut-être difficile à trouver mais n'hésitez pas à contacter le groupe, il en vaut la peine. LS
Les Wampas " Nerver trust a guy who after having been a punk is now playing electro" (Atmospérique - Bang!)
La sortie d'un nouvel album des Wampas est toujours un évènement comme un concert (voir celui de Dour ou du Bota). C'est vrai que c'est dans les vieilles marmites qu'on fait les meilleures soupes. Et avec les Wampas, on a sûrement ce qui se fait de mieux en matière de punk-rock made in France. C'est vrai que le chant légèrement faux de Didier Wampas peut irriter mais cela fait partie du charme "Wampas". Et ici, ils ont encore fait fort car il y a vraiment pas grand-chose à jeter tant les 15 morceaux de cet album ont l'art de vous rentrer dans la tête et de ne plus en sortir. Et en plus quand il nous sort un single d'enfer comme "Manu Chao", on ne peut que craquer. Franchement, si vous voulez découvrir le punk-rock, n'hésitez pas à aborder ce genre de musique avec cet album. Vous y retrouvez aussi toutes sortes d'influences qui sentent bon le vieux rock'n'roll. LS
Lillian Gish “Yellow Cake & Velvet Crash” ( Conspiracy Records)
En première écoute, cet effort des Hennuyers de Lilian Gish m’a surpris. Est-ce là le même groupe, disons laborieux, aperçu à maintes reprises, dont une fois en 1997 en ouverture du Dub Narcotic Sound System (du génial Calvin Johnson) au Botanique ? Je dois bien l’avouer, à l’époque, le rock du sud du pays n’était à mes yeux qu’une chimère ou pire, une sinistre plaisanterie (remember le rock agricole ?!) et Lilian Gish ressemblait à ces innombrables cohortes d’apprentis suiveurs qui s’amusaient, avec toujours 6 mois de décalage de trop, à singer les tendances du moment. D’incurables nostalgiques de l’ère noisy pop anglaise ? Mais en 2003 et après des déboires que j’imagine nombreuses, Lilian Gish est encore là (et c’est déjà un exploit) et qui plus est, acquiert un intérêt certain, cautionné par la distribution de "Yellow Cake & Velvet Crash" par l’intransigeant label anversois Conspiracy. Bizarrement c’est à nouveau au passé que ce disque renvoie ; on pense aux Français de Kill The Thrill (quelqu’un a des nouvelles ?) et à leur rock industriel et bruitiste, raide, tranchant et glacé comme du fil barbelé mais dont la trame et l’écoulement vous happaient irrésistiblement avant de vous propulser vers des contrées gelées et désolées mais aux contours étrangement psychédéliques. Et à l’exception du morceau en bout de plaque ("Of Grace And Favour # 1") qui jouit d’une autonomie propre, les titres semblent imbriqués les uns aux autres dans un enchaînement qui ne doit rien au hasard et sont reliés entre eux par de mystérieux intermèdes puisés à la source d’une cinématographie très personnelle ou expurgés depuis une foule d’enregistrements anonymes. Le groupe paraît avoir fait table rase d’une bonne partie de son lourd passé et ouf, on ne ressent à aucun moment la trace des errements propres à toute formation qui se cherche. Les influences se croisent, nombreuses mais témoignent davantage de l’abondance et de la diversité des courants musicaux auxquels les membres de Lilian Gish se sont confrontés que du degré d’inféodation à ceux-ci. : lointain bassin amniotique new wave, enfance industrielle, puberté sonique, ennuis hardcore et sérénité adulte qui laisse la place à des ouvertures électroniques et cinématographiques et à la réflexion distanciée… Ce disque se décline en une série de climats oppressants dont plusieurs se passent de présence humaine (les instrumentaux) -ou quand celle-ci se manifeste, elle le fait de façon quasi désincarnée (un bémol tout de même encore pour l’accent anglais trop enclavé au plat pays)- et en appelle à une suite (il est court) que l’on se surprend à espérer de tous ses vœux. A Mons les voisins (scandaleusement ignorés) de Janet Atkins doivent se sentir moins abandonnés. Yannick Hustache
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